Bayonne : un festival dédié aux films sur les mondes des musiques en septembre

L’événement, conçu par l’ethnologue Denis Laborde, invitera à découvrir d’autres cultures

Denis Laborde et le cinéma l’Atalante s’unissent pour un Festival sur les mondes des musiques. © Photo Bertrand Lapègue

Pierre Penin

Le projet donne l’impression d’arriver sur la pointe des pieds, l’air de rien. Mais ce nouveau festival bayonnais annonce un ambitieux dessein. Ethnologue et directeur de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), directeur d’étude à l’École des hautes études scientifiques en sciences sociales et membre de la commission culture de la Fondation de France, Denis Laborde lancera Haizebegi, du 18 au 20 septembre. Soit trois jours dédiés aux films sur les mondes de la musique, en partenariat étroit avec le cinéma l’Atalante. À terme, l’événement deviendra la vitrine festive de la Cité des musiques du monde. Telle est l’aspiration du scientifique. « moyen terme », espère-t-il.

Le chercheur s’est installé à Bayonne. « J’y suis rentré », dit-il, pour signifier les origines. Il partage son temps entre chez lui et Paris, mais c’est dans « la ville confluent » qu’il construit le Festival des mondes de la musique. L’ordre des mots a son sens. Denis Laborde a pu vérifier le flou de la classification fourre-tout « musiques du monde ». « Un de mes étudiants de doctorat est brésilien. Un jour, il m’a envoyé la photo du rayon ‘‘musiques du monde’’ d’un disquaire de Recife. Il y avait Aznavour. »

Vraiment à l’écoute
Le projet de l’ethnologue se débarrasse donc des nomenclatures. « On n’est pas restrictif. » Comment l’être lorsqu’on définit ainsi l’objet ultime : « À travers les mondes de la musique, on se donne un prétexte pour aller voir d’autres cultures. » Ici, la tonalité est délibérément politique. Symboliquement, le Festival s’ouvrira sur une conférence intitulée « à l’écoute du monde ».

Directement dans la moelle du désir initial de créer ce rendez-vous culturel. « On parle bien de se porter à l’écoute de l’autre. » À ne pas confondre avec la « cause toujours d’une certaine illusion démocratique ».

Il n’y pas forcément écoute parce que l’expression a lieu. « On peut écouter sans se départir d’une attitude très fermée. On se dit tolérant alors qu’on est indifférent à celle-ci. »

La musique sera donc l’outil pertinent de cette attention à l’autre non feinte, non affectée. La porte ouverte et réellement, allègrement empruntée. « La musique touche très profond. On peut être différent de celui qui la produit, mais elle ouvre un dialogue vers l’arrière-plan culturel. »

Débats publics, projection de films grand public, de documentaires plus « pointus », spectacles, concerts, bal : les biais seront variés. Ils mêleront fête, détente et approche scientifique, universitaire.

L’ethnologue a créé, en 2010, l’Institut de recherche sur les musiques du monde, avec une poignée de ses étudiants. Son antenne bayonnaise, en cours de structuration, charpentera le festival. « On est tous un peu mal à l’aise dans ce monde académique où on produit un travail de labo. Avec l’Institut, on veut s’impliquer dans des actions culturelles et sociales. »

« Devoir de retour »
Le chercheur entend « provoquer la rencontre » entre monde de la recherche public. « C’est le public qui finance la recherche. Je suis fonctionnaire. Nous avons un devoir de retour. » Le festival le fera matière. Il sera débordement enthousiaste sur le champ public de la future Cité des musiques du monde à Bayonne.

C’est le cœur du projet global rêvé par Denis Laborde. Cette Cité comme un creuset de recherche et de documentation sur les musiques et leurs mondes. « On espère accueillir des étudiants du BTS audiovisuel et des écoles d’art locales. » Mais aussi mener un travail pédagogique avec l’Institut culturel basque, le conservatoire… Une médiathèque spécialisée ouverte à tous, une librairie, un café, une salle polyvalente accueilleront, à terme, une véritable saison culturelle.

Où cela ? « J’aime discuter avec Didier Munduteguy, le navigateur qui travaille aussi à la CCI. Lui me dit qu’il faut songer à un cargo, arrimé au port de Bayonne. » Au regard des visées affichées, un lieu toujours prêt à prendre le large ne manquerait pas de sens.

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