Regard actuel sur musiques anciennes

Parrainé par Jordi Savall, l’Euskal Barrokensemble revisite le répertoire baroque du Pays basque dans Euskel Antiqua. La formation clôturait hier soir le festival Haizebegi.

Créé par le luthiste Enrike Solinis, l’Euskal Barrokensemble tente le trait d’union entre partitions anciennes et musiques traditionnelles. ©PHOTO EMILIE DROUINAUD

Emma Saint-Genez

Le credo de l’Euskal Barrokensemble pourrait être celui du festival bayonnais Haizebegi. Dans la préface du CD Euskel Antiqua, le luthiste Enrike Solinis et sa compagne, la violoniste Miren Zeberio, affirment que « vivre dans la culture basque suppose de profiter des merveilles de l’art basque, de profiter de tous ses angles et de ses coins et recoins, et de savoir en même temps partir vers le monde en apprenant à l’apprécier, en s’enrichissant d’autres cultures, tout en s’y mélangeant. » Hier soir au théâtre de Bayonne, les dix musiciens venus du Pays basque espagnol clôturaient la seconde édition d’Haizebegi, l’œil du vent en basque, festival dédié à la fabrique des musiques dans le monde à l’initiative de Denis Laborde, chef d’orchestre devenu ethnomusicologue.

De la Crète au Pays basque

Directeur de recherches au CNRS et professeur à l’école des hautes études en sciences sociales, le Basque navigue entre Bayonne et Paris. Avec ses étudiants, il a eu l’idée de proposer une manifestation passerelle entre travaux de recherche et pratiques artistiques, thèses et concerts, documentaires filmés par des chercheurs et créations musicales. « Le regard du vent parce qu’il parcourt la surface du monde et est témoin de la fabrication des musiques partout. C’est cette universalité que nous interrogeons. »

À la même table hier midi au Petit Bayonne, le joueur de lyre crétois Stélios Petrakis, en concert avec son quatuor la veille, et les musiciens de l’Euskal Barrokensemble. « On aime le principe de ce festival, la rencontre de beaucoup de cultures dans un même lieu », commentent Enrike Solinis et Miren Zeberio. « Dans un monde globalisé, c’est important de pouvoir se mélanger tout en gardant son identité ».

Formé à Bilbao et Barcelone, Enrike Solinis a longtemps joué aux côtés du maître ès musique ancienne Jordi Savall. Depuis 2006, avec d’autres musiciens, il s’est mis en quête du répertoire ancien du Pays basque, dépoussiérant ou recréant des partitions du XIIe au XVIIIe siècle. Sur la scène, des instruments anciens et traditionnels : théorbe, violes de gambe et d’amour, luth, alboka, txistu, ttun-ttun, percussions. Des voix aussi, celles de Jean-Michel Bedaxagar, Leire Berazaluze ou David Sagastume hier soir. Les partitions, Enrike et Miren sont allés les dénicher à la bibliothèque nationale de Madrid, aux archives de Barcelone ou les ont recomposées à l’oreille. On pourrait penser le résultat empreint de naphtaline. Il est vivant au contraire, rythmé et varié, enchaînant danses, morceaux anonymes, Ave Maria de Johannes Antxieta (1462-1523), mélodie juive et fandango. « Beaucoup de musiques de l’époque ont été reprises par les chants populaires et certaines sont encore jouées en Soule », explique Denis Laborde. « La musique ancienne offre beaucoup plus de liberté que le répertoire classique », assure Enrike Solinis. « On peut plus facilement improviser. Un peu comme le jazz oui. »

Label Jordi Savall

Un travail de recherche et de création salué par Jordi Savall. Jusque-là dédié aux enregistrements de ses propres formations, son label Alia Vox a choisi de s’ouvrir à d’autres « programmes innovateurs et intéressants, à partir d’interprétations pleines d’émotion et de créativité. » Le CD « Euskel Antiqua » est le premier opus de cette nouvelle collection. Créé cet été à l’abbaye de Royaumont, le concert qui en découle a déjà pas mal voyagé avant sa première présentation hier en Pays basque nord. « Nul n’est prophète en son pays ! », sourit Denis Laborde, espérant que le vent de la notoriété souffle désormais dans les voiles de l’Euskal Barrokensemble.

« Euskel Antiqua » par l’Euskal Barrokensemble
www.solinis.com
www.alia-vox.com

À voir jusqu’au 11 novembre au Didam, 6 quai de Lesseps à Bayonne. Sonidos del Peru, 33 films brefs sur le Pérou contemporain signés Vincent Moon. À écouter le 29 novembre de 19 h à 20 h 30 sur France Musique, l’émission «Couleurs du Monde» de Françoise Degeorges dédiée au festival bayonnais Haizebegi.