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Mon expérience de la danse manipuri

Je ne peux pas parler de la danse Manipuri sans évoquer les chants. Quand j’y repense, je me dis que la danse Manipuri a toujours été pour moi indissociable des relations humaines.

Dans tous les spectacles que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui, chaque fois j’ai ressenti que la danse manipuri se conjuguait à la première personne du pluriel : je n’ai jamais pensé « je », mais « nous ». Comme le dit le proverbe africain, « il faut tout un village pour éduquer un enfant ». Ainsi, pour la réalisation des spectacles, chacun aidait à la préparation des costumes, des épingles pour fixer les cheveux, les tissus… Les artistes du Manipuri s’entraidaient toujours, ils participaient à toutes les tâches, c’est une construction collective.

En l’an 2000, c’est un de mes amis qui m’a fait venir au Bangladesh. Le premier jour, J’ai eu la chance d ‘assister à une répétition de Priti Patel et de son groupe de danse Manipuri à Calcutta. Le deuxième jour, P. K. Bhattacharya a organisé une visite à Santiniketan où j’ai eu la chance d’assister à un cours du Professeur Jatindra K. Singh!

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Manju Elangbam

J’ai aussitôt décidé de travailler avec lui. Et pourquoi pas !… En lui j’ai trouvé un merveilleux nouveau maître, accompagné de Sunita Devi, une professeure de Manipuri à Santiniketan avec qui j’ai appris tellement sur le travail du corps. J’ai été fascinée par la fluidité des mouvements en « 8 » et je suis tombée amoureuse de ce style de danse classique indienne, la danse Manipuri.

C’était tellement différent de la danse que j’avais pratiquée auparavant dans ma carrière de danseuse et de chorégraphe au sein de la néo-classique Martin Padron Dance Company où j’expérimentais la  « Mise en danse chantée”, une fusion des mouvements de danse et de la voix. Dans Death and Beauty, la Mort et la Beauté (2002 avec Jatindra K. Singh), les danses Manipuri et contemporaine se rencontrent de manière fluide, naturelle. Dans Mira (2006), j’ai transformé la pièce centrale de Banghi Achoaba en introduisant du violon, et dans Night Rose (2010) j’ai initié une danse sur la vie et la mort accompagnée au piano par Alan James Ball….

Dans les années qui suivent, j’ai suivi des cours auprès de maîtres qui m’ont initié à la science, aux techniques à la culture de la danse Manipuri. J’ai multiplié ainsi les rencontres, les expériences et les performances les plus diverses.

Angela Sterzer
Angela Sterzer

Alors que la danse Manipuri était encore cantonnée à un aire réduite, à Imphal, la capitale de l’Etat du Manipur, j’ai rencontré Suryamukhi Devi, danseuse et professeure très célèbre dans le domaine de la danse Manipuri. Nous sommes allées chez elle, il y avait un lac à l’eau verte et profonde devant sa maison. J’ai pris un cours avec elle sur des pas de base, des « micro-mouvements » où chaque grelot vibre selon la façon dont elle pose son pied. Et son corps suit en ondulant. J’étais aussi fascinée par le travail de ses yeux, des mouvements « en coin ». Elle maîtrisait parfaitement son équilibre. Elle m’a dit : » si les pieds sont bien placés, le corps trouvera la bonne position ». Dans cet environnement de nature si calme, silencieux, j’ai pu merveilleusement travailler. Et je travaille encore. Une quête de perfection vers laquelle nous mène cette danse théâtralisée qui se construit dans le dialogue permanent avec le percussionniste pung.

Angela Sofia Sterzer, danseuse, chorégraphe

Lundi 10 octobre
Médiathèque de Bayonne
18h30 – Conférence : Manipuri Indian Dance, between tradition and invention
Conférence de Manju Elangbam, ethnologue, chorégraphe & danseur du Manipur, en partneriat avec l’Ambassade de l’Inde dans le cadre du festival Namasté France. Conférence en anglais, avec traduction simultanée.

Manju Elangbam est le petit-fils du chanteur Sankritana Elangbam Anganghal Singh. Théoricien de la culture manipuri, il est aussi un acteur spécialiste de Rabindranath Tagore: Chitrangada, Chandalika, Syama, Mayar Khela A la suite du stage qu’il a animé avec la danseuse Angela Sterzer et le percussionniste Irom Robart Singh, et du spectacle qu’ensemble ils ont donné au Lycée professionnel du Guichot ce dimanche 10 octobre, Manju Elangbam propose une présentation de la danse manipuri et des enjeux liés à la pratique contemporaine de cet art ancestral du nord-est de l’Inde :

comment conjuguer tradition et création lorsque nous sommes les héritiers d’un art chorégraphique lesté du prestige des siècles ?

Dimanche 9 octobre

Lycée Professionnel Le Guichot
18h00 – Danse indienne Manupuri
Sei, Noi, Khol (Chant / Mouvement / Espace intérieur), Angela Sterzer & Manju Elangbam (danse), Irom Robart Singh (pung, percussion), en partenariat avec l’Ambassade de l’Inde dans le cadre du Festival Namasté France.