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  /  Cérémonie de Résilience

Cérémonie de Résilience

Dates et lieux(1)

  • Samedi 12 octobre

    11.00 - 13.00

    Musée Basque, Bayonne
    Entrée Libre

L’événement

Rencontre avec les Selk’nam et les Yagán de Patagonie, populations autochtones du sud du détroit de Magellan

L’histoire coloniale de l’Europe comporte son lot de souffrances. Les peuples Selk’nams et Yagáns de la Terre de Feu en conservent la cruelle mémoire : Zoos humains de l’Exposition Universelle (Paris, 1889), Remate de Indios (Punta Arenas, 3 août 1895), massacres, épidémies. La population Selk’nam passe de 4.000 membres en 1880, à 500 en 1905. À Bayonne, nous recevons aujourd’hui les héritiers de cette histoire. Nous souhaitons faire de cette rencontre une conférence de résilience qui aide à panser les blessures de l’histoire coloniale européenne, notre histoire.

Une série de six conférences soulèveront des aspects singuliers de cette histoire. A l’issue de ces conférences, le Prof. Hans Christian Koch, directeur des Archives sonores de Berlin (Phonogramm Archiv) remettra aux délégations présentes des enregistrements réalisés lors des missions Gusinde, Koppers et Furlong en Terre de Feu entre 1907 et 1923. Ce moment solennel sera une manière de rendre leur voix aux Selk’nams. 

Charles W. Furlong/Wilhelm Koppers/Martin Gusinde: Walzenaufnahmen der Selk’nam, Yámana und Kawésqar aus Feuerland (1907-1923) Berliner Phonogramm-Archiv, Historische Klangdokumente 12/13, Berlin, 2017.

Programme des interventions : 

  • « Ici, il y avait un zoo humain ! » Des Kali’na de Guyane à Paris en 1892, par Gérard Collomb (CNRS, LAIOS, Paris)
  • L’histoire des Selk’nams des zoos humains de l’Exposition universelle de 1889, par Lauriane Lemasson (ethnomusicologue et acousticienne, doctorante, Sorbonne Université)
  • Les archives sonores de Berlin et les expéditions réalisées en Terre de Feu (1907-1923), par Lars Christian Koch, ethnomusicologue, directeur du Phonogramm Archiv de Berlin
  • Par dignité : la restitution des ossements humains comme problème politique, par Mirtha Salamanca (Selk’nam, Argentine), membre de la Comunidad Indigena Rafaela 
Ishton de Rio Grande & José German Gonzalez Calderon (Yagán, Chili), membre de la Comunidad Indígena 
Bahia Mejillones de Puerto Williams 

  • Les restes humains du Musée du bout du Monde  à Ushuaia, par Victor Gabriel Vargas Filgueira (Yagán, Argentine), membre de la Comunidad Indígena 
Paiakoala d’Ushuaia 

  • Modération : Denis Laborde

Ces communications seront suivies d’un échange avec le public. Les communications en espagnol et en allemand seront traduites en interprétation consécutive. 

 

Carta Tierra de Fuego

Au cours d’une brève Cérémonie de résilience, le Professeur Lars Christian Koch remettra les enregistrements réalisés sur des rouleaux de cire lors des expéditions qui se sont déroulée entre 1907 et 1923) en Terre de Feu, chez les Selk’nam, les Yámana et les Kawésqar de la Terre de Feu. 

Histoire et ethnologie des Yagán et Selk’nam : deux communautés victimes de la colonisation, tout à tour dépréciées et invisibilisées 

par Denis Laborde & Lauriane Lemasson

Nous sommes dans l’extrême sud du continent américain, un archipel partagé entre Chili et Argentine : quelques milliers d’îles, des fjords, des montagnes, des glaciers, des lacs, … Le détroit de Magellan au nord, le Cap Horn au sud, et quelques villes d’aujourd’hui mythiques : Porvenir la bien nommée, Tolhuin, Puerto Williams, Rio Grande, Ushuaia. Le climat est subpolaire océanique, il fait 5°C de moyenne annuelle avec une pluviométrie supérieure encore à celle du Pays Basque, et du vent, beaucoup de vent : 30 km/h en continu, 160km/h sans prévenir. Une zone habitée depuis au moins 12.000 ans. 

À leur arrivée dans le détroit de Magellan en 1520, les Européens rencontrent des chasseurs-cueilleurs, les Selk’nam, au nord de Karukinka, la Grande Île de Terre de Feu. Ces derniers avaient atteint l’île avant l’ouverture du détroit qui a fait suite à la fin de la dernière glaciation il y a environ 10000 ans, et peu après le peuple Haush qui les avait précédés sur cette île. Plus au sud, le territoire s’étendant des rives de l’Onashaga (aussi appelé canal Beagle) jusqu’aux côtes de Loköshpi (cap Horn) étaient occupé par un peuple de nomades se déplaçant en canoë d’écorces : les Yagán. Dans l’environnement hostile du Cap Horn, cette population vivait pour l’essentiel de la chasse aux mammifères marins depuis leurs embarcations, des oiseaux et du guanaco (apparenté au lama), ainsi que de la cueillette de plantes, de champignons et de la pêche à l’estran et au filet. Les Selk’nam, chasseurs-cueilleurs terrestres, se nourrissaient principalement de guanaco mais aussi de tuco-tuco (rongeur), d’oiseaux, d’œufs, de plantes, de champignons, de poissons de rivière et de la pêche à l’estran. Dans les deux cas, l’échouage d’une baleine était un motif de rassemblement de ces peuples, voire même parfois un motif pour la réalisation du rituel initiatique des jeunes en âge de passer au stade d’adulte. 

A la fin du XIXe siècle et sur invitation du gouvernement chilien pour peupler une île considérée déserte, des estancieros majoritairement d’origines européennes et, pour les premiers venus des îles Malouines, s’installent dans les pampas du nord de la Grande Île de Terre de Feu. Rejoignant les chercheurs d’or qui occupaient déjà certains lieux depuis quelques décennies, ils implantent de gigantesques élevages ovins, clôturent les champs, nient l’humanité des Selk’nam jugés gênants pour leurs élevages et organisent en toute impunité le génocide de ce peuple. Les massacres, tout comme la manne financière en jeu et le silence coupable des autorités, dépassent les frontières et côté argentin, une situation très similaire fait des ravages. 

 

 

 

 

El Remate de los Indios, Punta Arenas, août 1895. Photothèque du CNRS

L’un des évènements documentés est celui du 3 août 1895, aussi appelé « El Remate de Indios » : la vente aux enchères des indiens. Après leur capture, 165 Selk’nam sont déportés vers l’autre rive du détroit de Magellan, à Punta Arenas. Là, ils attendent. Puis les 7, 8 et 9 août 1895, à l’initiative et sous le commandement du gouverneur Manuel Señoret, ils sont vendus pour être réduits en esclavage, répartis dans des familles d’exploitants de la région ou déportés sur l’île Dawson, à la mission salésienne San Rafael. Cet événement marque un des points culminants de ce que la Commission chilienne pour la vérité historique et un nouveau traitement des peuples indigènes (2003) qualifiera officiellement de génocide

Du côté européen et scientifique, les Selk’nam intriguent. Présentés comme primitifs, au sens le plus péjoratif du terme, ils fascinent les explorateurs et les chercheurs de l’époque, motivés par l’opportunité d’étudier « les races humaines les moins évoluées de l’humanité ». De très nombreux restes humains sont saisis et exportés vers les musées et laboratoires d’Argentine et du Chili, mais aussi aux Etats Unis et en Europe. En 1898, le gouvernement chilien donne l’autorisation à un citoyen belge de capturer onze Selk’nam en vue de les présenter durant l’Exposition Universelle de Paris, non pas comme tout être humain doté de droits comme aurait dû le rappeler cet évènement faisant écho au bi-centenaire de la Révolution française : ils sont en cage et nourris de viande crue, au jardin d’acclimatation de Neuilly sur Seine. D’un côté, un génocide ; de l’autre, un déni d’humanité que les travaux scientifiques de l’époque appuient. 

La population Selk’nam est divisée par huit en un quart de siècle : de 4.000 environ en 1880, ils passent à 500 en 1905. Les quelques survivants, surtout des femmes, sont recueillis par les missions salésiennes de la Terre de Feu, d’autres se prostituent, quelques hommes entrent au sein de la police provinciale argentine, et d’autres sont employé(e)s pour une bouchée de pain comme ouvriers agricoles ou servantes, au profit de ceux qui auront finalement tiré parti de ce génocide. Tels furent par exemple les cas de Covadonga Ona, employée chez l’estanciero allemand Stubenrauch à Punta Arenas, et de plusieurs hommes selk’nam exploités dans les estancias de la famille Braun-Menéndez. 

Les Yagán n’échappent pas non plus aux effets de la colonisation. Le colon et fondateur de la première installation étrangère dans la baie d’Ushuaia n’est autre que le missionnaire anglican anglais Thomas Bridges, devenu ensuite propriétaire des estancias Harberton et Viamonte. Sa volonté d’évangéliser les Yagán et l’abnégation affichée pour « civiliser ce peuple » n’évincent pas la réalité d’une activité agricole rémunératrice pour laquelle il utilisait une main d’œuvre indigène longtemps rémunérée par quelques aliments de base. Il ne fût pas longtemps le seul car peu de temps après ont suivi, entre autres, les missions de la baie Tekenika et de la baie Remolino, avec bien souvent l’utilisation des mêmes procédés. Là où les missions s’installent, la distribution de vêtements européens est de mise pour civiliser les Yagán aux yeux de ceux que la nudité dérange. Ce point aura des effets désastreux : les vêtements transportaient des maladies comme la tuberculose pour lesquelles les Yagán n’avaient aucun anticorps, et l’humidité ambiante fait que les vêtements portés ne sèchent pas et engendrent des hypothermies, accélérant les effets des maladies. Les missions deviennent vite des cimetières que chaque jour passé là-bas participe à remplir. A cela s’ajoutent également les captures des femmes Yagán par les équipages des navires baleiniers, l’appropriation des terres puis les restrictions de navigation. 

Ceux qui échappèrent aux massacres, résistèrent à l’esclavage, survécurent aux maladies et à l’exploitation, aidèrent leurs descendants à se faufiler dans les interstices de l’histoire coloniale : les héritiers de ces histoires sont en Pays Basque ce 12 octobre 2019. 

Exposition universelle Paris 1889 : Selk’nams avec Maurice Maître, 1889. Anonyme. Photothèque CNRS. https://seminesaa.hypotheses.org/4771

Des ethnologues recueillirent cette mémoire. Parmi eux en Europe : le prêtre allemand Martin Gusinde (1986-1969) lors de ses missions de 1918-1923, Annette Laming-Emperaire (années 50) et Anne Chapman (1922-2010) qui fut directrice de recherche au CNRS (LAS, Collège de France) et l’une des principales spécialistes des Yaghan et des Selk’nam de notre institution. Grâce à l’aide de ses informateurs (Kiepja, Angela Loij, Luis Garibaldi Honte, Federico Echelaine, Francisco Minkiol et Augustin Clemente), elle a pu réunir un important corpus de données, dont des archives sonores déposées au LESC de l’Université de Nanterre et éditées par le Smithsonian Institute dans les années 70. Fin 2017, celles de Martin Gusinde, Wilhelm Koppers et Charles Wellington Furlong ont été éditées par les éditions du Phonogramm-Archiv de Berlin en 2017. C’est ce disque que Lars-Christian Loch, directeur du Phonogramm-Archiv, offre ce jour aux membres des communautés Selk’nam et Yagán présents à Bayonne. 

La récupération de la mémoire des massacres prend aussi les formes d’une ritualisation promise à la pleine publicité des espaces publics. Au mois d’août 2018, une cérémonie visant à réactiver le souvenir d’« El Remate de Indios » fut organisée sur la Plaza de Armas de Punta Arenas à l’initiative de Rodrigo Gonzalez Vivar et de Nitzamé Mayorga Gallardo (Université de Magallanes à Punta Arenas) en présence de Mirtha Salamanca, membre de la Comunidad Indigena Rafaela Ishton de Rio Grande. Un petit film documentaire de cet évènement a été réalisé conjointement par le réalisateur chilien Cristian Valle et l’ethnomusicologue française Lauriane Lemasson. Il sera diffusé à la Cité des Arts lors de la journée de clôture du festival. Le Bouton de Nacre (2015), du réalisateur chilien Patricio Gúzman s’empare aussi du récit de cette mémoire douloureuse.

Denis Laborde (Institut ARI, CNRS – Bayonne) & Lauriane Lemasson (Sorbonne Université)

Intervenants

Musicienne, Photographe et Audio-naturaliste

Membre de la Comunidad Indigena Paiakoala d'Ushuaia

Membre de la Comunidad Indigena Rafaela Ishton de Rio Grande

Directeur Artistique

Membre de la Comunidad Indigena Bahia Mejillones

Enseignant et Chercheur