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Haizebegi
  /  Concert Chants d’Anatolie – Gülay Hacer TORUK

Concert Chants d’Anatolie – Gülay Hacer TORUK

Dates et lieux(1)

  • Jeudi 15 octobre

    19.00 - 20.00

    Église des Forges, Tarnos

L’événement

Ewel Zaman, concert chant d’Anatolie
Dans l’église réformée des Forges à Tarnos, Gülay Hacer TORUK, interprétera son large répertoire de chants d’Anatolie. Un voyage vocal dans l’histoire des civilisations méditerranéennes de l’extrémité asiatique à découvrir dans un cadre magique.

Tarif : 15€
Tarif réduit : 8€
Gratuit pour les moins de 12 ans

La démarche

En 2018, les spectateurs du festival Haizebegi avaient pu découvrir une performance alliant l’ebru (art ottoman de la peinture sur eau, incarné par Zeynep Uysal) accompagnée par un duo de oud voyageur (Marc et Thomas Loopuyt), un alliage surprenant entre la chanson kurde et la vielle à roue (Éléonore Fourniau), un débat avec des chercheurs et responsables d’institutions experts de la Turquie et de la question kurde (Martin Greve, Engin Sutam, Arnaud Littardi). En 2020, le festival poursuit son exploration des cultures plurielles de Turquie en invitant une personnalité marquante de la scène française des musiques du monde, Gülay Hacer Toruk. Le timbre de sa voix est bien connu des amateurs de musiques turques et de ceux qui ont pu la découvrir dans des spectacles avec différentes formations spécialisées dans les musiques des Balkans, de Grèce (Telli Turnalar, Collectif Çok Malko), des productions aux côtés de Thierry Robin, Stéphane Stapis, Kristof Hiriart, Renaud Gabriel-Pion, dans des projets reliant musique ancienne et musiques traditionnelles  (avec les ensembles Doulce Mémoire et Canticum Novum) ou les films et pièces de théâtre auxquels elle a prêté sa voix (Human, de Yann Arthus Bertrand, Le rêve plus fort que la mort de Jean Rouch). On connaît moins ses créations en solo, comme Evvel Zaman : un spectacle dans lequel elle « chante le conte, conte le chant » en se mouvant entre plusieurs langues (le français, le turc, l’arménien, le grec, le kurde, le judéo-espagnol) et avec lequel elle viendra investir un lieu à l’histoire et la beauté singulières, l’Église des Forges à Tarnos.

Née à Istanbul, arrivée très jeune en France, à Chartres, où sa famille vient rejoindre son père venu travailler suite à l’accord conclu en 1974 entre la France et la Turquie, elle grandit dans une alliance d’appartenances multiples : « stambouliote de naissance, beauceronned’élevage »[1], gardant un lien à son pays natal par le biais de la langue parlée à la maison, des cassettes ramenées de séjours estivaux en Turquie, de rencontres organisées dans les réseaux associatifs turcs. Elle s’installe ensuite à Tours pour des études de Lettres qui la conduiront à se spécialiser dans l’enseignement du français comme langue étrangère. Mais à Tours, elle rencontre aussi la troupe de poésie et théâtre antiques Démodocos avec laquelle elle expérimente un travail sur l’oralité du grec ancien, le chant en chœur et en vient à interpréter pour la première fois sur scène une chanson en turc : « Davet»  de Sezen Aksu, figurant la prière d’Electre. De fil en aiguille, des rencontres avec des musiciens voyageurs interprètes de flamenco, de râdif persan, de musique grecque et des Balkans l’amènent à participer en tant que chanteuse à des projets artistiques et à prendre confiance dans la valeur d’une langue et de chants qu’elle pensait jusqu’ici réservés à la sphère intime de la famille ou de la communauté. Talip Özkan, grand maître du saz et du tanbur installé à Paris[2], l’encourage à travailler le saz pour pouvoir s’accompagner, à la manière des bardes d’Anatolie.  C’est ainsi que prend forme, très progressivement, une idée qui pouvait sembler au départ incongrue pour une jeune fille issue de l’immigration turque : faire de la musique un métier. Ainsi qu’elle l’explique, cette idée était loin d’aller de soi : « j’ai grandi dans une famille qui, sans être très conservatrice, voulait quand même qu’on reste un peu… turcs. Chez nous, la famille est très importante…  Tours, déjà, c’était trop loin de Chartres. Les parents ont toujours des idées pour leurs enfants et pour eux, l’idée était déjà que je fonde une famille. Et donc des études, oui, mais pour quoi ? Après, ils ont été très contents bien sûr quand je suis devenue enseignante… Mais sur le moment, je ne savais pas à quoi ils me destinaient, à quoi je me destinais… Comment se forger une identité quand on n’est pas un individu au sein de la famille ? On est fils, fille de, on est sœur, grande sœur, cousine, petite-fille… on est un membre de la famille. Mais dans ma culture, on ne développe pas trop sa personnalité, son individualité »[3].

[1] Entretien réalisé par Camille Hache-Carré de Lussançay dans le cadre du projet « D’ici et d’ailleurs : histoires de musiciens en Touraine » à l’Université de Tours (direction : Talia Bachir-Loopuyt).Un portrait sonore issu de cet entretien est disponible sur le site du festival Haizebegi.

[2]Ibid.

[3]Ibid.

 

Le répertoire dans lequel Gülay puise ses chants est notamment celui des aşık (ashiks), lestroubadours ou bardes anatoliens dont le nom signifie étymologiquement « amoureux » : chantant l’amour des hommes et de Dieu mais aussi les aventures de bandits d’honneur et autres héros de la tradition orale, les heurs et malheurs de la vie quotidienne, le sentiment d’exil engendré par l’exode rural ou l’émigration, la nostalgie de la terre natale (les fameuses « dağlar », montagnes auxquelles chacun pourra s’identifier quelle que soit sa région d’origine), la satire des élites ou les causes propres à certaines minorités. Ces chants sont essentiellement connus dans les versions qu’en donnent des interprètes masculins (même si certaines figures de femmes aşık ont pu émerger sur la scène publique dans le cadre des mouvements alévis notamment[4]), largement diffusées depuis plusieurs décennies par le biais des cassettes, disques puis Internet, ou dans celles, bien différentes, qu’en donnent les chœurs de la radio nationale (TRT) à partir de transcriptions réalisées les collecteurs venus recueillir des chants dans les diverses régions d’Anatolie. Outre ces répertoires que l’on classera en Turquie dans la catégorie des musiques « du peuple » (halk müziği), Gülay puise aussi des chants dans les répertoires de musique savante (les suites de fasıl, héritées de la tradition savante ottomane et adaptées depuis les années 1920 pour les salles et cafés d’Istanbul), de la chanson urbaine stambouliote, des rituels des alévis, des chants des communautés arméniennes et kurdes – explorant, comme le faisait Talip Ökan et comme le font aujourd’hui certains ensembles de « nouvelles musiques traditionnelles » (Kardeş Türküler), la pluralité musicale et linguistique d’un pays jusqu’à aujourd’hui traversé par de nombreux conflits identitaires.

Apparemment loin de la réalité des aşık itinérants de la steppe anatolienne, elle vit aujourd’hui à Paris et expérimente une autre forme de nomadisme à travers ses concerts, ses activités d’enseignement et cette combinaison de genres que l’on a coutume de considérer comme distants : musiques savantes et populaires, d’Orient et d’Occident, auxquelles il s’agit aussi de donner sens dans le contexte d’une société française marquée par une relation ambivalente aux « cultures d’origine » des descendants de l’immigration. Entre les modèles essentiellement masculins des aşık et des chants rituels alévis, les figures féminines de la chanson turque (Sabahat Akkiraz, Sezen Aksu, Senem Diyici), elle trace une voie et un style d’interprétation singuliers. Un uzun hava, « air long » non mesuré que certains chanteurs poussent aux limites du cri prendra, dans l’interprétation qu’elle en donne, une tournure plus retenue, arrondie, travaillant les nuances de la voix jusqu’au soupir le plus ténu, tout en respectant les principales caractéristiques du genre :  les mélodies descendantes, le rythme non mesuré, les tournures mélismatiques, servant l’expression d’un ethos nostalgique. Un chant de semah, extrait de son cadre rituel – l’assemblée de fidèles faisant cercle dans une maison ou un espace rituel – se verra investi d’une nouvelle solennité, tendue entre l’expression d’une communauté idéale absente et la singularité d’une voix et d’une mise en récit venant recréer, le temps d’un concert, une nouvelle forme « commune ».

[4]alevi, de l’arabe alawi, « de ‘Ali », cousin et gendre du Prophète Mahomet. Les Alévis, de sensibilité chiite, constituent une minorité importante en Turquie, dont le nombre fait l’objet d’estimations variables (de 10 à 20 millions). Leur identité est restée longtemps secrète, jusqu’aux années 1960 où l’exode rural et les transformations de la société ont peu à peu, selon Jérôme Cler, « brisé le sceau du secret, au point que l’alevisme, dont l’idéal communautaire et l’inspiration humaniste sont très forts, s’est identifié à la gauche politique, à la défense de la laïcité, tout en gardant le cadre doctrinal de sa spiritualité, ou en le sécularisant »(Source : http://yayla.paris-sorbonne.fr/).

 

Pour en savoir plus :

Sites internet

Site de Gülay Hacer Toruk : www.gulayhacertoruk.com

Site de l’ethnomusicologue Jérôme Cler : http://yayla.paris-sorbonne.fr/

 

Ouvrages

Cler, Jérôme. Musiques de Turquie. Arles Paris: Actes Sud Cité de la musique, 2000.

Cler Jérôme, « Les routes d’Acıpayam. In memoriam Talip Özkan (1939-2010) », Cahiers

d’ethnomusicologie, 23, 2010.

Greve Martin, Makamsız – Individualization of Traditional Music on the Eve of Kemalist Turkey. Würzburg: Ergon Verlag2017

Massicard, Élise : L’Autre Turquie. Le mouvement aléviste et ses territoires, Paris, PUF, 2005.

Melikoff, Irène : Hadji Bektash : un mythe et ses avatars, genèse et évolution du soufisme populaire en Turquie, Brill, Leiden, 1998.

Intervenants

Chanteuse – chants d'Anatolie