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  /  Films ethnographiques

Films ethnographiques

Dates et lieux(1)

  • Dimanche 20 octobre

    12.00 - 18.00

    Institut ARI Cité des Arts, Bayonne

Installation Vidéo de Films ethnographiques sur les Yagán et les Selk’nam, en partenariat avec la Vidéothèque du CNRS

Seront projetés en continu les fameux films de l’ethnologue Anne Chapman sur les Selk’nam et les Yagán conservés dans les archives du CNRS. Nous projetons également des films des archives des musées argentins (programme disponible sur place) ainsi que des documentaires d’exception : 

El Remate de Indios (2018), documentaire de Cristian Valle et Lauriane Lemasson, produit par Hosh Medi Cine (Punta Arenas)

En avant-première : Twakana Yagan, enseñando yagan, Ignacio Leonidas y Rodrigo Tenuta // Producción: Andrea Maradona y Pablo de Antueno

El secreto de los Selk’nam, Ana Maria Pavez, editorial Amanuta

Documental sobre los Pueblos originarios de Tierra del Fuego Selk’nam – onas, de Mateina dirigé par Martin Subira

Kuluana, Rafael Cheuquelaf (2009) avec la voix de la mère de José, Ursula

en partenariat avec la Médiathèque du CNRS

 

 

 

Anne Chapman (1922-2010) et Ángela Loij (1900-1974), « la dernière femme selk’nam », selon A. Chapman. Elle fut son informatrice à Rio Grande et Buenos Aires. Elle connaissait bien Lola Kiepja. Elle est décédée en 1972.

 

 

 

 

 

 

 

 

Anne CHAPMAN (1922-2010) est née à Los Angeles, elle est docteur en anthropologie de l’Ecole nationale d’anthropologie de México, de l’Université de Colombia de New York et de la Sorbonne. Elle a travaillé avec C. Levi-Strauss, P. Kirchhoff, A. Villas Rojas et K. Polanyi. Après avoir travaillé au Honduras, elle part en Terre de Feu où elle étudie les peuples Selk’nam et les Yahgans. Auteur de nombreuses publications scientifiques et de documentaires, elle fut directrice d’études au CNRS (Laboratoire d’Anthropologie Sociale, Collège de France).

Anne Chapman, ethnologue américaniste 

par Françoise Héritier, Le Monde, 29 juin 2010

Anne Chapman, ethnologue américaniste, est morte, samedi 12 juin, à l’âge de 88 ans. Elle était rentrée d’Argentine dix jours avant son décès pour subir une intervention chirurgicale à l’hôpital de Massy-Palaiseau. Elle n’y a pas survécu.

Anne Chapman est née, en 1922, de parents cultivés et a vécu une ou deux années de son enfance en France. Elle y est revenue avec la nationalité française, après avoir épousé, en 1960, un collègue américaniste avec qui elle vivra quelques années. Elle n’avait plus de famille proche, sa soeur et son frère tant aimés étant morts sans enfants quelques années avant elle. Elle vivait pour son métier, pour ses idées, pour ses amis. Démocrate au sens américain du terme, athée, farouche défenseur de la laïcité et des libertés républicaines au sens français du terme, elle militait pour la défense des droits des peuples autochtones.

Anne Chapman a fait ses études à l’Ecole nationale d’anthropologie de Mexico, puis à l’université Columbia à New York, et a soutenu, en 1981, un doctorat sur travaux à l’université Paris-V.

Ses travaux ethnologiques l’ont menée au Honduras à partir de 1955 et en Terre de Feu à partir de 1964, dans le cadre de la Mission archéologique française au Chili austral, sous la direction d’Annette Laming-Emperaire. Elle est célèbre pour avoir enregistré tout le savoir et les chants rituels que connaissait la dernière Indienne Ona de Terre de Feu, Lola Kiepja, qui connut la vie avant les violences prédatrices occidentales. Lola figure en jeune femme sur les photographies rapportées, au début du XXe siècle, par le missionnaire allemand Martin Gusinde.

Après la mort de Lola, en 1966, Anne Chapman a consacré des années à transcrire, traduire et analyser ces documents avec l’aide des trois ou quatre femmes métisses qui n’avaient pas connu la vie d’avant la colonisation mais connaissaient encore la langue, et qui ont maintenant disparu elles aussi.

Elle fit carrière en France au CNRS, rattachée successivement au laboratoire d’anthropologie sociale sous la direction de Claude Lévi-Strauss, qui estimait grandement son travail, puis au département d’ethnologie de Paris-X – Nanterre. Elève fidèle, dès 1957, de Karl Polanyi, elle eut le plaisir, ces dernières années, de participer à des réunions savantes qui redécouvraient l’œuvre de ce grand penseur en économie.

Obstination et engagement 

Son dernier ouvrage, en anglais, qui lui prit dix ans de sa vie, vient de paraître.European Encounters with the Yamana People of Cape Horn, Before and After Darwin (Cambridge University Press) est consacré aux voyages maritimes depuis l’Angleterre vers la Terre de Feu, et particulièrement aux mémorables voyages que fit Darwin et aux comptes rendus qu’il en laissa. Elle est aussi l’auteur de films documentaires réputés sur l’histoire des Selk’nam (Ona) et des Yahghan. Au nombre de ses autres livres : Drama and Power in a Hunting Society (1982) ; Quand le Soleil voulait tuer la Lune (Métailié, 1982).

Anne Chapman était très reconnue et admirée dans les pays d’Amérique latine, principalement en Argentine, où elle passait six mois de l’année sur la fin de sa vie. En France, elle se tenait un peu à l’écart, en raison d’une langue et d’usages qu’elle ne maîtrisait pas totalement.

Elle lançait parfois des propositions fortes et originales qui ne trouvaient pas forcément d’écho, comme ce projet pour l’inauguration du Musée du quai Branly d’une exposition d’immenses agrandissements des célèbres photographies de Gusinde sur le rituel initiatique du hain, représentant des hommes nus et peints de Terre de Feu, exposition qui aurait été accompagnée d’un ballet qu’elle avait imaginé.

Elle a vécu, travaillé et publié entre trois langues et plusieurs pays. Elle était sans cesse et jusqu’au bout en transhumance. Chez les Jicaques de la Montana de la Fior au Honduras, son premier terrain, elle avait rencontré une population marquée par ses rites de mort, endogame et entretenant par cette endogamie une surdité congénitale. Chez les Indiens de Terre de Feu (Ona, Yahghan, Alakaluf), elle avait touché du doigt les effets mortels, au sens propre, du colonialisme, et n’a eu de cesse de vouloir rendre compte de leur culture, disparue avec eux. Elle aimait par-dessus tout le travail de terrain et les idées politiques. Pour l’un comme pour les autres, elle était obstinée, intransigeante, sans compromissions. C’est cette image-là que nous garderons d’elle, et celle de son incroyable énergie vitale et de sa beauté.

Françoise Héritier, professeure honoraire au Collège de France

Intervenants