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Haizebegi
  /  Paysages sonores de la nuit

Paysages sonores de la nuit

Dates et lieux(1)

  • Samedi 19 octobre

    22.30 - 00.00

    Cité des Arts, Bayonne
    Payant

   

 

 

À l’écoute du Cap Horn : Hamoni lapude anan (sur des paroles Yagán, 25 min.) & Sonorama Fuegino (18 min.)

créations radiophoniques de Joaquín Cófreces (Ushuaia), en présence du compositeur

Chaises longues et couvertures fournies par le festival

 

Puis personne

par Joaquín Cófreces

Nous étions en Terre de Feu depuis quelques jours, nous avions émigré vers le sud à cause du travail de mes parents, j’avais sept ans. Ushuaia était une petite ville en pleine croissance. La côte et les bois étaient proches de chez nous.

Je marchais avec mon frère dans les bois lorsque je vécus un moment étrange. Mon frère et moi nous étions séparés. Je progressais dans les bois lorsque brusquement, à ma gauche, à quelques mètres à peine, se tenait une famille de personnes marchait devant un wigwam, l’une de ces cabanes bien connues des peuples nomades faites de branchages. Ils me regardaient en silence. Ils étaient nus. J’étais sidéré. Je lance un regard en direction de la colline où se trouve mon frère. Les a-t-il vus lui aussi, de loin ? Puis je me retourne vers eux, et là, il n’y a brusquement plus rien, plus personne.

Cette scène m’a troublé, me trouble encore. Quelque temps après, le maître nous a montré à l’école des images semblables à cette vision. Je me familiarisais avec les canoéistes du Sud, et c’est peut-être à ce moment-là que cette pièce sonore a commencé : Hamoni lapude anan.

Les Yagán est le peuple qui vit le plus au sud du monde. Ils vivaient dans un labyrinthe d’îles de l’archipel sud de la Terre de Feu où les montagnes de la chaîne andine disparaissent en mer et s’égrènent en un chapelet d’îlots, juste avant la terrible rencontre des deux océans.

Le canoë était la chose la plus complexe et la plus importante que possédaient les Yagán. Ils y consacraient leur vie. Fabriqué en écorce de hêtre, Un canoë est fragile, léger, rapide. Ici, le manque de ressources et les conditions climatiques épouvantables ont divisé les autochtones en familles isolées. La famille était la seule institution. Elle était indépendante, fermée et la seule organisation sociale. Les Yagán étaient des Nomades de la mer, sans religion, sans roi, sans écriture et sans passé, se déplaçant dans un présent constant, sans désir de laisser des traces. L’exact opposé des sociétés contemporaines.

Les historiens dont remonter l’existence des Yagán à 6 500 ans. La rupture avec leur mode de vie traditionnel date d’un siècle à peine. Cette région de la Patagonie australe a toujours été un grand mystère pour les explorateurs, les aventuriers et les chercheurs de fortune. Ils arrivèrent par centaines à la fin du XIXe siècle, important leurs  modes de vie et modifiant radicalement le paysage. Beaucoup d’histoires ont été écrites sur la rencontre, le face-à-face entre ces cultures que tout opposaient. Il existe des études sur l’histoire, sur l’ethnologie, sur la philosophie, la politique et les rapports de force, mais il n’existe rien, absolument rien, sur la transformation acoustique de ces lieux. C’est là que se situe mon travail de créateur.

L’acoustique comme une exploration

Je me livre en effet à une exploration acoustique historique du monde Yagán et de la vie actuelle de la Terre de Feu, où les sons produisent des images et des sensations, comme une représentation rythmique de l’expérience ordinaire dans sa transformation cyclique et constante. Mon projet serait de faire comprendre que l’évolution et le progrès ne vont pas toujours de pair.

Je vis donc dans l’écoute, je dresse le portrait acoustique d’un lieu. Par curiosité anthropologique, c’est là que j’installe mon atelier de sons et que je m’efforce de raconter des histoires aux générations à venir, comme d’autres le firent avant moi, autour d’un feu.

En langue Yágan, « Hamoni lapude anan« , signifie « nous fabriquions des canoës ». Je vois le canoë comme une métaphore de la liberté des peuples autochtones, comme l’instrument qui permet une vie nomade. Sans naviguer, l’intérieur reste intérieur.

La langue Yagán est une langue isolée, isolée au milieu de nombreuses autres langues. Il est d’usage de considérer qu’il ne reste aujourd’hui qu’un seul locuteur compétent dans cette langue ancienne. Dans Hamoni lapude anan, je donne sa voix à entendre. Écoutez-la donc. Écoutez-la comme on écoute un poème minimaliste, comme une description d’actions et de situations du quotidien que l’on comprend même si l’on ne saisit pas tout le sens. Une femme parle seule, entre deux mondes, à l’agonie de sa langue. Le récit est sonore. Dans cette composition, il n’y a pas d’avant, pas d’après. Ici, le temps se fige.

Des vibrations invisibles donnent forme aux choses, décrivant des lieux et des situations que vos allez apercevoir. Le temps présent apparaît, disparaît, comme une projection du passé, comme les Yagán de ma vision d’enfance.

Cette œuvre a été réalisée à partir d’une grande diversité d’enregistrements de terrain, réalisés au cours des quatre saisons, en scrutant l’environnement acoustique dans le moindre détail, en recherchant des textures sonores naturelles, intimes et des bruits de l’homme qui affronte les traces d’urbanité. Je vous invite à un mixage de paysages sonores, musique électroacoustique, drame radiophonique, art radiophonique, poésie sonore et reportage.

Il a fallu pour cela que j’effectue une recherche approfondie dans les archives sonores à travers le monde et visant différentes époques, depuis les disques réalisés avec des cylindres de cire au début du siècle dernier jusqu’aux enregistrements des chants et des mythes chantés et parlés par les trois derniers porteurs de cette culture. 15 heures d’entretiens réalisés dans 4 pays différents (Argentine, Chili, Allemagne, Grande Bretagne). Pour cette évocation du canöe Yagán, Hamoni lapude anan.

Joaquín Cófreces, compositeur (Ushuaia)

 

Je remercie pour ses conseils avisés Ernesto Piana (archéologue qui a passé plus de 35 ans à étudier la culture Yagán, faisant de nombreuses fouilles) et qui sait manier les instruments archéologiques originaux de la culture Yagán. J’ai collecté de nombreux enregistrements historiques que m’ont confiés les institutions ou les auteurs même de ces enreigstrements. Parmi eux :

Enregistrements d’Úrsula et Cristina Calderón (Museo Precolombino, Santiago. Chili).

Enregistrements réalisés dans des cylindres de cire entre 1907 et 1923 par Charles Furlong et Martin Gusinde (Phonogrammarchiv, Archives phonographiques de Berlin, Allemagne)

Fiche linguistique de Hermelinda Acuña, Cristina et Úrsula Calderón (Oscar Aguilera, Museo Martin Gusinde, Puerto Williams, Chili).

Enregistrements de mythes et de chants par Úrsula Calderón publiés sur le Cd Kuluana du duo électronique del Lluvia Acida. (Punta Arenas. Chili)

Intervenants