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Les mondes de la musique / musikaren munduak
Haizebegi
  /  Actualités   /  Malgré tout

Malgré tout

Cette septième édition du festival Haizebegi se déroule dans le contexte troublé d’une pandémie qui interroge profondément nos façons de vivre. Dans la longue période de confinement que nous avons traversée ensemble, nous fîmes silence. Les opéras, les théâtres, les cinémas furent fermés, et nos espaces publics rendus silencieux par la contrainte des déplacements dérogatoires.

On a pu croire un instant que, réduite au rang d’objet inessentiel par les nomenclatures administratives d’un temps de crise, la musique s’était tue. Pourtant, « de la musique » est venue s’immiscer à la fois dans nos confinements connectés et en lisière de nos aires de clôture. Une sociabilité́ des balcons s’est déployée à la verticale de nos rues qui, chaque soir à 20 heures, résonnaient d’applaudissements dédiés aux personnels soignants. Des musiciennes, des musiciens partageaient des moments de convivialité́ saxo-batterie d’un balcon à l’autre, ou chantaient fenêtres grandes ouvertes. La ville de Montreuil organisa même un « festival des balcons ». En Italie, des rues entières entonnaient le « Va pensiero » du Nabucco de Verdi. À Saint-Sébastien, Izaro chantait sur le toit du théâtre Victoria Eugenia pour le public des fenêtres. Dans l’espace de sidération dans lequel nous étions plongés, cette sociabilité́ musicale produisit de l’inédit. Elle créa du lien social, malgré tout.

Haizebegi#7 est placé sous le signe de cette sidération. Manu Théron nous accueillera en voix solo, hommage aux chants traditionnels de la Méditerranée. Ensemble, nous questionnerons la musique et verrons apparaître des enjeux importants de notre vie en société. Du 8 au 18 octobre, chaque thème sera mis en débat autour d’un film suivi d’une table-ronde avec les meilleurs spécialistes des questions évoquées. Nous parlerons de la place des projets artistiques dans la dynamique de réinsertion des détenus en fin de peine, et nous évoquerons le lien entre Musique et Autisme dans le cadre de la Fête de la Science avec les musiciens de Percujam. Nous présenterons l’Idéal du musicien et l’âpreté du Monde, dernier numéro de la revue Gradhiva du Musée du Quai Branly et, d’une façon qui vise à nous surprendre tous, des chamanes et des spécialistes de neurosciences expliqueront les états de transe, en Mongolie comme en Pays Basque, avec le film de Fabienne Berthaud Un monde plus grand. Et puisque nous serons dans l’inexpliqué, le biologiste Olivier Gallet viendra le 17 octobre détailler les recherches qu’il mène dans son laboratoire de l’université de Cergy-Pontoise pour expliquer l’influence de la musique sur la culture des tomates. L’occasion de revoir ce film culte de Marianna Economou : Quand les tomates rencontrèrent Wagner (Grèce, 2019).

Dans un partenariat renouvelé avec le Scrime, la série des concerts nous fera assister à la création mondiale d’Onirisation, ​une fresque audio-visuelle de Cyril Gourvat. Gülay Hacer Toruk viendra chanter à voix nue des chants d’Anatolie dans l’église des Forges, à Tarnos, et la mosquée de Bayonne, cette fois encore, nous prêtera ses tapis pour une meilleure écoute. Enfin, le concert de clôture du festival nous fera écouter AMA, création transculturelle née du dialogue entre le bassiste de jazz Pierrick Lefranc et Marie-Pascale Dubé, chanteuse du Grand Nord canadien qui pratique cette forme fascinante de chant de gorge que les Inuits de sa lignée appellent Katajjaq. La projection de son documentaire, Rouge-Gorge, sera précédée d’une conférence de la géographe Béatrice Colignon sur « le droit au froid comme revendication culturelle des Inuits du Canada ».

Au moment où j’écris ces lignes, le camp de Mória brûle. La crise sanitaire semblait avoir recouvert le drame des migrants d’une chape de silence. Il n’en est rien. Notre dernière journée sera consacrée à cette manière de mettre en mots ce drame, qui est aussi un drame de l’accueil. Nous le ferons avec l’écrivain Stephen Ngatcheu qui publie Chez moi ou presque (Dacres, 2019) dans la collection Ces Récits qui viennent que Marie Cosnay et Daniel Senovilla Hernandez inaugurent aux éditions Dacres en partenariat avec le laboratoire MIGRINTER (CNRS, Université de Poitiers) et l’Observatoire de la Migration de Mineurs. Puis nous le ferons aussi en basque avec traduction simultanée autour du chef d’œuvre d’Amets Arzallus et Ibrahima Balde : Miñan (Susa, 2019), en présence d’éditeurs basques spécialisés dans les ouvrages pour la petite enfance dans le cadre d’un partenariat avec Euskal Babel : une fête des langues.

Et puis nous entendons marquer une solidarité aussi avec la Ville de Beyrouth, cité de tous les exils. L’artiste plasticien Omar Ibrahim réalisera une performance pendant la durée du festival. L’œuvre sera présentée le 18 octobre à la Cité des Arts, dans un moment d’amitié auquel se joindront le réalisateur Michel Tabet et la violoniste Layale Chaker pour un hommage qui sera relayé en direct à Beyrouth. Cette œuvre participative sera réalisée avec vous.

Car nous voulons que Haizebegi#7 soit aussi une fête. Bien sûr, nous nous tiendrons dans le respect des normes d’accueil qui vous permettront de nous rejoindre en toute sécurité. Mais comme chaque année depuis 2014, Haizebegi sera aussi une fête, ce temps de partage qui vous permettra aussi de participer à quelques-uns de nos ateliers : Katajjaq (Marie-Pascale Dubé), chants d’Anatolie (Gülay Hacer Toruk), composition de musiques de film (Paula Olaz), film documentaire (en partenariat avec l’IUT de Biarritz).

Malgré le contexte difficile, les entreprises qui appuient notre initiative ont tenu bon. Je veux les remercier pour leur appui, et remercier aussi les musiciennes et les musiciens, profession sinistrée s’il en est, de nous rejoindre à Bayonne pour activer, une fois encore, et avec chacun de vous, « cette vieille idée humaniste, toujours démentie par l’expérience, jamais récusée pourtant, qui consiste à croire qu’un assaut de beautés et de grandeurs saura braver la méchanceté́ du monde » (Patrick Boucheron, Ce que peut l’histoire, Paris, Collège de France, 2016 ).

Denis Laborde