En tus investigaciones, tienes que interactuar con personas autistas con una discapacidad grave. Esto contradice una serie de estereotipos sobre los autistas que son músicos geniales: hay quien se pregunta si Bartok o Satie no eran autistas… En este caso, nos encontramos en otro ámbito; ¿se trata de un ámbito en el que la música ya está presente y se utiliza? ¿Existen estudios sobre la relación entre estas personas y los sonidos o la música?
Atención: está muy mal visto realizar diagnósticos póstumos cuando no se dispone de los datos necesarios para ello, aunque hay personas sobre las que existen fuertes sospechas, como, por ejemplo, Glenn Gould, que cumple una serie de criterios.
En cuanto a las personas autistas denominadas «de bajo nivel», «con graves deficiencias» o «con síntomas graves», en primer lugar, ninguno de estos términos me parece adecuado, ya que se limitan a lo que se ve, a lo que está a nuestro alcance, es decir, personas con graves dificultades motoras y para quienes resulta muy difícil desarrollar el lenguaje oral. Esto no significa que la verbalidad les sea inaccesible, sino que se trata más bien de una verbalidad escrita. Por lo tanto, se concluye demasiado rápidamente que se trata de personas con déficits cognitivos, ya que esas son nuestras dos formas de evaluar el nivel de eficiencia cognitiva de alguien. Sin embargo, quizá se nos esté escapando algo.
El programa de investigación que coordino («Mapping Autistic Cognitive Abilities», https://www.maca.community) tiene como objetivo general explorar lo que las personas autistas
son capaces de hacer y de producir. Quiero desarrollar una vertiente de este proyecto centrada en las personas autistas «con bajo nivel de funcionamiento» —ese es el término oficial, y quizá el menos peyorativo—, ya que se trata de personas que necesitan apoyo debido a sus problemas motores y verbales, y porque en su caso la adquisición de la información social necesaria para alcanzar la autonomía se ve muy obstaculizada. A menudo, lamentablemente, y sobre todo en Francia, estas personas son internadas en instituciones con relativamente poca atención psicoeducativa. Afortunadamente, la situación está cambiando. Pero hasta hace poco, lo mejor que se les ofrecía eran actividades ocupacionales. Mi hipótesis es que estas personas tienen ámbitos de capacidades cognitivas mucho más elevadas de lo que se cree.
¿Cómo podemos poner de relieve estas capacidades?
Precisamente, toda la dificultad radica en averiguar cómo acceder a ellas para medirlas. Tenemos buenas razones para pensar que estas aptitudes son extremadamente específicas y muy poco frecuentes entre las personas «neurotípicas», es decir, aquellas que no presentan particularidades neurológicas; aunque, uno puede preguntarse si existe realmente alguien verdaderamente neurotípico, pero se podría decir que quienes se sitúan, en general, en la media son neurotípicos, aunque todo el mundo tenga pequeños aspectos que se salen de lo normal… (¡En el mundo de la investigación no hay muchos neurotípicos!
Es un nicho para personas que funcionan de forma un poco diferente…) Por ejemplo, volviendo a la música, tenemos buenas razones para sospechar que algunas personas autistas tienen capacidades de percepción auditiva que van mucho más allá del espectro de frecuencias habitual, hacia los infrabajos y los ultrasonidos. También se puede suponer que su capacidad para distinguir entre frecuencias es mucho mayor que la de las personas neurotípicas, o incluso que tienen una capacidad para detectar patrones de sonido o de tempo que las personas neurotípicas no tienen.
Las personas con autismo suelen ser muy hábiles a la hora de detectar patrones. Pero cuidado, no hay que generalizar en absoluto, no hay dos personas con autismo iguales, se trata de configuraciones neuronales que siempre son muy inusuales. Cada vez nos llevamos grandes sorpresas.
¿A qué te refieres con «patrón»?
Imaginons qu’on se promène sur un chemin à la lisière de la forêt. À chaque fois qu’on pass à côté d’un champ de maïs, les feuilles des arbres prennent une forme légèrement différente de celle qui sont à côté d’une friche ou d’un champ de blé, parce que les pesticides spécifiques répandus sur les champs de maïs sont transportés par le vent et modifient la forme des feuilles. C’est un pattern, il y a une règle : à chaque fois qu’on est à côté d’un champ de maïs, la forme des feuilles des arbres est légèrement modifiée. Une personne autiste percevra cela très spontanément – ou plutôt, si quelqu’un le perçoit spontanément, ce sera probablement quelqu’un qui est dans le spectre autistique. Pour les autres, ce n’est pas un pattern évident. Mais la personne autiste sera au contraire surprise que les autres ne le voient pas, cela va lui « sauter au yeux ». Donc on peut tout à fait imaginer que les personnes autistes ont un rapport au son, à la musique, qui est peut-être fondamentalement différent du nôtre, ou que certaines personnes autistes ont une approche de la musique extrêmement inhabituelle et qui répond à d’autres
motivations cognitives que celles de la plupart des gens. Or les personnes autistes dites « de bas niveau de fonctionnement » – qui ne peuvent pas s’exprimer à l’oral, et qui n’ont pas appris à lire et à écrire – ne peuvent pas me communiquer la manière dont elles perçoivent la musique. Et même si j’ai cette hypothèse qu’elles perçoivent la musique de manière différente, et parfois à un niveau plus élevé, en quelque sorte plus performant que le mien, je n’ai pas de moyen de le savoir. D’une part, elles n’ont pas de moyen de savoir que je ne perçois pas ce qu’elles perçoivent ; et moi, je n’ai pas de moyen de supposer qu’elles perçoivent quelque chose que je ne perçois pas. On est donc face à une problématique qui est un peu la problématique des chercheurs qui étudient l’intelligence animale : comment faire pour mesurer une intelligence que je n’ai pas ? C’est la première difficulté : il faut que je mesure quelque chose que je ne sais pas mesurer parce que je ne sais même pas que cela existe. Mais à cela vient s’ajouter un autre problème : même si je voulais utiliser des outils de mesure sur des choses que je sais bien mesurer, par exemple sur la mémoire de travail, la flexibilité mentale, les capacités d’attention, je ne pourrais pas le faire parce que la grande majorité des tests comportent des instructions verbales. Or quand je donne une instruction verbale à une personne autiste dite « à bas niveau de fonctionnement », je ne sais pas ce qu’elle a compris : elle peut avoir compris quelque chose, mais je ne sais pas si elle a compris ce que je lui demande. Le rapport au langage est très compliqué, pas seulement du fait qu’il est difficile d’accès – même s’il l’est souvent. Il y a aussi des difficultés de langage propres à l’autisme, même chez des personnes de très haut niveau, qui seront capables d’apprendre six ou douze langues. Il reste des difficultés subtiles, des troubles de la pragmatique : la difficulté à mettre le langage dans le bon contexte par exemple. On retrouve des troubles du langage sur l’ensemble du spectre autistique. Donc c’est mieux de passer par des tests qui ne s’appuient pas sur du langage, ni pour les instructions, ni pour la réponse. Il existe bien des tests qui se passent de langage, par exemple le test de la matrice de Raven. Comme cela a été montré dans une étude célèbre réalisée chez des personnes autistes identifiées comme ayant un retard cognitif important (avec un QI de Wechsler de 30 ou 40), la majorité d’entre elles repassent 3 en fait au-dessus du seuil considéré comme celui de la « déficience intellectuelle » avec cette matrice de Raven. Mais même avec ce test, ce n’est pas si évident parce que cela demande de manipuler de petites pièces. Il faut une habileté motrice que certaines personnes sévèrement polyhandicapées n’ont pas. Donc la question que je me pose est : comment accéder à ces personnes, quels sont les outils qu’on peut développer et qui nous permettent d’accéder à leurs fonctions cognitives, à leur efficience mentale, et qui ne mettent en jeu ni le langage, ni la motricité.
C’est à ce moment qu’intervient l’atelier de Patrice Moullet à La Défense. Il a créé de nombreux instruments, entre autres l’OMNI, et souhaitait que des chercheurs s’en emparent pour en faire une valorisation scientifique, parce qu’il avait remarqué le potentiel de cet instrument entre les mains d’individus polyhandicapés. Il fait des ateliers avec des centres d’accueil pour personnes polyhandicapées parmi lesquelles beaucoup sont considérées comme autistes avec retard cognitif. Quand je suis entrée dans l’atelier, je suis tombée en adoration immédiate pour tous ces instruments ! J’ai commencé à jouer de tout, pendant une heure, ils ne pouvaient plus m’arrêter ! Je pense que Patrice Moullet est un génie, qu’il a compris des choses sur la musique.
Ses instruments sont assez monumentaux, ils font plusieurs mètres, et ils impliquent le corps entier et pas seulement les mains. Donc si on n’est pas très habile de ses dix doigts, ce n’est pas grave. Et une autre particularité de ces instruments est qu’on comprend immédiatement comment on peut en jouer, cela permet tout de suite de produire quelque chose, il n’y a quasiment pas de phase d’apprentissage. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progression, qu’on ne devient pas expert de l’instrument au fur et à mesure, mais on n’a pas besoin d’entraînement, d’apprentissage spécifique, pour pouvoir jouer quelque chose. En dix secondes, on a compris et on peut jouer. En psychologie, on appelle cela l’affordance d’un objet, son degré d’utilisabilité immédiate (par exemple, l’affordance d’une chaise, c’est qu’on
peut s’asseoir dessus). L’affordance de l’OMNI, c’est qu’on peut jouer sur des touches, c’est vraiment très immédiat. Cela rend ses instruments très accessibles aux personnes qui sont très handicapées.
Donc à la fin de cette heure où il m’a laissée jouer avec tous ses instruments, j’étais évidemment enthousiaste pour travailler avec lui.
Tout cela, c’était en 2016. Et depuis, il a été difficile de monter un projet parce que je pars de zéro, parce que rien n’a jamais été fait avec l’OMNI sur le plan scientifique, et parce que les personnes autistes avec de forts handicaps sont une population vraiment très peu étudiée. Sur l’ensemble des études sur l’autisme – et il y en a beaucoup, c’est un sujet qui attire l’attention des scientifiques en ce moment – moins de 6% incluent des personnes déficitaires.
¿A qué se debe esto? ¿Es más gratificante trabajar con personas autistas consideradas de «alto nivel de funcionamiento»?
No es porque resulte más gratificante, sino simplemente porque es posible. Disponemos de muy pocas pruebas sin instrucciones verbales, por lo que las hacemos realizar por personas que entienden las instrucciones. Nuestras herramientas habituales, en neuropsicología, no están adaptadas a personas no verbales. Y hay otra explicación, menos «benévola»: quizá los investigadores no se dan cuenta de que probablemente estas personas tienen más capacidades e inteligencia de lo que parece a primera vista. Es cierto que hay casos muy interesantes, como el de este hombre capaz de sobrevolar la ciudad de Nueva York en helicóptero una sola vez y dibujarla a escala y sin errores; eso es impresionante (https://www.stephenwiltshire.co.uk/). Un porcentaje importante de estos niños (entre el 8 % y el 20 %, según los estudios) es capaz de aprender a leer sin que se les enseñe: un día te das cuenta de que saben leer. Sin embargo, no siempre son capaces de comprender lo que han leído, o mejor dicho, no han adquirido nuestros criterios de comprensión, pero quizá entiendan otras cosas que a nosotros nos resultan inaccesibles.
Así pues, las aptitudes surgen, aparecen incluso cuando no las buscamos, pero resulta difícil encontrar un método para medirlas.
Volviendo al OMNI, a pesar de mi total desconocimiento de lo que se investiga en el ámbito de la música, cuando toqué, vi el potencial de este dispositivo como herramienta de medición. He asistido a numerosos talleres con personas con discapacidades graves, en particular con personas autistas. Si se les da tiempo, todas acaban familiarizándose con él y tocando música.
¿Para quién juegan? ¿Lo hacen solo por ellos mismos o también por las personas que les rodean?
Esto equivale a preguntarse si el OMNI es un medio de comunicación para estas personas. Si me baso en mi experiencia y en la de las personas con las que he hablado sobre ello (pues, al tratarse de un instrumento fascinante, la gente habla de él con pasión), cuando se toca de forma aficionada, uno queda cautivado, absorto. Es un estado de éxtasis en los dos sentidos de la palabra: uno se siente muy feliz y queda absorto por lo que está sucediendo.
El funcionamiento del OMNI se basa en tres elementos: el intérprete, el instrumento y la persona que, desde el ordenador, selecciona el banco de sonidos. Hay numerosos bancos de sonidos que se comportan de forma diferente. Algunos sonidos tienen su propio ritmo. Si tocas con esos sonidos, te dejas llevar por esa rítmica. Si tocas con un banco de sonidos que no tiene ritmo propio, creas tu propia rítmica. Hay sonidos que se detienen al pulsar la siguiente tecla, mientras que otros continúan y se superponen, por lo que o bien se pueden formar acordes, o bien son sonidos únicos. Pero los sonidos únicos pueden ser a su vez acordes, dependiendo del banco de sonidos con el que se toque. Dependiendo del tipo de sonidos que se utilice, no se toca de la misma manera. Es como una especie de Lego sonoro gigante, en el que se juega como un niño. Por eso no tengo la impresión de que toquen para los demás. Pero es solo una impresión. A veces les ocurre que tocan a dúo, sobre todo con la persona que dirige el taller. Y ahí puede establecerse una conexión humana, con intercambios de miradas y, o bien, una sincronía de gestos, o bien, por el contrario, una alternancia: tú pulsas una tecla, yo escucho el sonido, yo pulso una tecla… cada uno a su turno.
El intercambio es posible. Pero, sobre todo, creo que tocan para sí mismos, por el placer de tocar, de crear música; al menos, esa es mi hipótesis.
Utilizas el término «música»; ¿para quién es música? ¿Podemos imaginar qué significa «música» para esas personas?
Para mí, y para las personas que imparten los talleres, esto suena a música, pero aun así invité a un músico para que me dijera si, en su opinión, se trata de música, ya que considero que, como especialista en ciencias cognitivas, no estoy en condiciones de juzgarlo por mí mismo. Se trataba de un músico de jazz que improvisa mucho.
Y para él no había ninguna duda: era música. También se podría imaginar un protocolo de investigación participativa en el que se pusieran a disposición del público en Internet una decena de grabaciones, entre las cuales habría cinco producidas por una persona con autismo y cinco elegidas al azar, y se pidiera evaluar cuáles son música, y a cinco personas que valoraran el nivel de musicalidad en una escala del 1 al 10. Esto permitiría evaluar de forma objetiva si se trata o no de música.
Al plantearte esta pregunta, me preguntaba sobre todo hasta qué punto es importante determinar si se trata o no de música. ¿En qué cambia esto respecto al objetivo de conectar con las capacidades cognitivas de estas personas?
¡Me gusta tu pregunta! Técnicamente, no cambia absolutamente nada. Supongamos que no sea música… pero, en ese caso, ¿qué sería? ¿Sonido? ¿Ruido?
Probablemente haya sonidos que no sean ni ruido ni música… Definir los límites de la música es uno de los debates recurrentes en la etnomusicología. Pero en lugar de intentar establecer la frontera entre lo que es música y lo que no lo es, también podemos cuestionarnos nuestra necesidad de distinguir entre aquello a lo que otorgamos la etiqueta de «música» y aquello a lo que no. Por eso me pregunto por qué, incluso en un proyecto cuyo objetivo no es musicológico, se vuelve a recurrir a los criterios de atribución de esa etiqueta de «música» sin lograr desprenderse de ella. Tienes razón, eso no tiene ninguna importancia. Pero como yo creo, a pesar de todo, que se trata de música, eso significaría que esas personas, que por lo general nunca han tenido un instrumento en las manos, son capaces de producir música. Se podrían extraer conclusiones sobre lo que puede haber de universal en el funcionamiento del cerebro humano. ¡Pero ahí nos estamos yendo por las ramas! Por ahora, eso no es lo que nos interesa.
Por el contrario, si en lugar de partir de una definición sonora de la música, la definimos como un fenómeno social —que solo existe porque unas personas, juntas, deciden que es música—, ¿podríamos llegar a descubrir otro potencial del instrumento, que consistiría en poner en contacto a personas con las que resulta muy complicado comunicarse? ¿Permite una definición social de la música poner de relieve las posibilidades del OMNI?
Ce n’est pas sur cet aspect que j’oriente mon travail, mais il est vrai qu’il y a un aspect social très fort. Pendant qu’une personne handicapée joue, il y a cet effet de la musique : nous sommes tous concentrés sur la musique dans la salle, nous avons cela en commun à cet instant-là, et à la fin, tout le monde exprime de la joie, les gens applaudissent, ils félicitent le joueur, le joueur est content, il sent qu’il se passe quelque chose. Donc il se produit à ce moment-là un lien social évident.
Donc la présence de ces rituels – écoute, applaudissements – contribue à définir des moments de musique…
Oui, le corps est penché en avant dans une attitude d’écoute, on voit les expressions faciales du plaisir, et parfois même des émotions fortes, des larmes…
Mais ce n’est pas sur cet aspect que je centre mes recherches. Ce que j’ai envie de regarder, c’est la structure de la musique produite – appelons-la musique, même si un terme plus neutre me conviendrait bien. J’ai commencé à réfléchir à un protocole qui est un protocole classique de neurosciences, mais avec une approche de sciences humaines et sociales.
Si tout se passait comme je le voudrais, on pourrait récupérer les enregistrements MIDI 1 de 6 personnes autistes très handicapées qui jouent dans les conditions suivantes : sans qu’on interagisse avec eux, et en leur laissant le temps de bien s’approprier l’instrument et son jeu.
Le temps de l’autisme est un temps très long, donc parfois, on a l’impression qu’il ne se passe rien alors que c’est juste parce qu’il faut se donner le temps. On est vraiment en terre complètement inconnue, nos critères habituels ne servent plus à rien. Il faut arriver avec un regard scientifique capable de repérer et de classifier, mais un regard suffisamment neuf pour arriver à repérer des choses que normalement, on ne regarde pas.
Donc il faut qu’ils aient fait suffisamment de visites pour être à l’aise avec l’instrument, et il faut les laisser jouer idéalement deux ou trois minutes pour qu’ils puissent être vraiment dedans. Et là, on peut récupérer plusieurs minutes de production musicale.
Dans un premier temps, ce que j’observe visuellement sur les fichiers MIDI que j’ai récupérés et qu’il faudrait maintenant analyser en détail, c’est une structuration du fichier. On voit une structuration du tempo. Ce que je voudrais faire, c’est enregistrer des séquences sonores produites par ces gens dans les conditions que je vous ai décrites, et faire des analyses mathématiques qui permettent de mettre en évidence des structures dans ce qu’ils ont produit :
des enchaînements de notes ou de touches, et des structures rythmiques. Si je fais apparaître des motifs répétés avec des effets de complexification au fur et à mesure que le motif se répète, ou des motifs entrelacés, s’il existe des motifs avec une architecture de ces motifs, je peux alors montrer d’une manière irréfutable que le cerveau qui a produit cela est capable de produire quelque chose de complexe. Pour l’instant, lorsque je dis à mes collègues neuroscientifiques que ces enfants handicapés font de la musique avec l’OMNI, la réponse est : tu penses que c’est de la musique, mais ils font cela au hasard, comme un enfant qui prend un pinceau et fait un gribouillis, c’est joli mais c’est le fruit du hasard. Avec l’OMNI, ce n’est pas parce que les sons en eux-mêmes sont jolis que c’est forcément une structure
musicale. Donc il faut démontrer mathématiquement qu’il y a des motifs dans ce que ces personnes produisent, pour conclure que seul un cerveau capable de complexité peut produire une telle structure sonore.
L’idée serait d’avoir ainsi un accès à leurs capacités mentales. C’est un accès très indirect, mais il a l’avantage d’être très écologique. Les mesures dites « écologiques » sont les mesures qui sont prises dans les conditions les plus proches possibles de la vie réelle. D’habitude, nos méthodes de travail sont très détachées de la vie réelle : on vous amène dans le bureau du neuropsychologue à l’hôpital ou dans la salle d’expérimentation d’un laboratoire universitaire, souvent au sous-sol, au fond d’un couloir en béton, dans une salle éclairée au néon avec un ordinateur sur une table et une chaise pas très confortable… On est loin des conditions
habituelles de vie dans lesquelles on manifeste les différentes dimensions de l’intelligence.
Les tâches écologiques sont intéressantes parce qu’elles sont plus prédictives de ce qui se passera dans la « vraie vie », on peut s’appuyer dessus pour faire de la rééducation et de la prise en charge, mais elles sont difficiles à mettre en œuvre. Avec les personnes autistes fortement handicapées, on n’a pas le choix, on ne peut pas les emmener au labo. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont très peu présentes dans les études. Il faut faire des tâches les plus écologiques possibles. Ils nous confrontent aux limites de nos méthodes, ils nous obligent à repenser toute notre méthodologie. De manière générale, l’autisme nous pousse à nos limites, et pas seulement nos limites méthodologiques : cela nous oblige à nous demander pourquoi on utilise des mots, cela nous confronte à nos limites d’êtres humains à de nombreux niveaux.
¿Qué papel desempeñan las emociones a la hora de identificar competencias? ¿Son dos ámbitos independientes?
Las emociones y el funcionamiento cognitivo no están separados. Es lo que se conoce como «cognición cálida» y «cognición fría», pero nos damos cuenta de que ninguna función está separada de las emociones. El compromiso atencional depende, evidentemente, de las emociones que están en juego. Si nos somos indiferentes a lo que ocurre, nos costará mantener la atención; en cambio, si estamos en peligro de muerte o si tenemos ante nosotros al amor de nuestra vida, ¡estaremos hipervigilantes! Las capacidades frontales, que se consideran una cognición muy «fría», no pueden funcionar al margen de las emociones; e incluso si quisiéramos demostrar que funcionan por separado, habría que recurrir a un individuo que careciera de emociones, algo que no existe. Nunca estamos exentos de emociones. Por lo tanto, la hipótesis de un cerebro «
» que funcionara sin emociones carece de sentido. Dicho esto, la cuestión de las emociones en las personas autistas presenta una serie de
particularidades. Es perfectamente posible imaginar que el abanico y la intensidad de las emociones que se experimentan sean muy diferentes. Para afirmar esto, me baso sobre todo en testimonios y autobiografías, ya que no hay mucho al respecto en la literatura científica. Pero resulta que en 2017 escribí un artículo dirigido al público general sobre las mujeres autistas en The Conversation (https://theconversation.com/ces-femmes-autistes-qui-signorent-75998), y ese artículo alcanzó un millón de visitas, algo que no es nada habitual: normalmente se sitúan entre diez mil y veinte mil. Y recibí una avalancha de correos electrónicos, de mensajes espontáneos de personas que necesitaban compartir su experiencia. Algunos eran muy fantasiosos, pero todos resultaban interesantes: gente que creía ser autista pero no lo era, gente que sí lo era
pero que no conseguía dar el paso de admitirlo, mensajes muy íntimos; así que me gané una especie de confianza por parte de la comunidad autista que llevó a las personas a compartir sus experiencias y a contarme lo que sentían, quizá con más facilidad que a un investigador que considera el autismo como un déficit. Así pues, mi intuición es que el abanico emocional es diferente: reaccionarán con mucha más intensidad ante cosas que las personas neurotípicas consideran poco importantes, y se mostrarán muy indiferentes ante cosas que las personas neurotípicas consideran importantes. Esto se refiere a quienes tienen acceso a sus emociones. Pero la mitad de las personas autistas padecen lo que se denomina alexitimia. Se trata de la incapacidad para identificar las propias emociones (esta incapacidad también puede darse fuera del autismo, pero es muy frecuente entre las personas autistas). La persona puede estar muy enfadada o muy triste, se nota, pero dice que no siente nada. Esto puede alimentar la idea de que las personas autistas no tienen emociones. De hecho, muchas de estas personas no tienen acceso a sus emociones, y aquellas que sí lo tienen no tienen por qué experimentar emociones en las situaciones en las que nosotros las sentimos, y a la inversa, pueden sentir emociones intensas en situaciones que para nosotros resultan inusuales, por lo que describiremos esto no como emociones, sino como una crisis o un problema de comportamiento. Todo esto, por supuesto, complica la comunicación entre personas autistas y no autistas.
El tercer nivel, que complica aún más las cosas, es que el abanico de expresiones faciales que permiten comunicar las emociones no es el mismo. El rostro de las personas autistas no expresa las emociones de la misma manera que el de una persona no autista. Por lo tanto, a una persona autista le costará identificar las emociones en una persona no autista, y viceversa. Se trata de un diálogo que tiene dificultades para llegar a buen puerto.
Con el OMNI, ¿contribuirá el recurso a las emociones —y, en su caso, a las emociones musicales— a detectar las habilidades cognitivas?
No sé si se puede decir eso. Quizá no sea una pregunta, del mismo modo que quizá no sea pertinente preguntarse si se trata o no de música. O probablemente haya una emoción que sea el placer de utilizar el OMNI. Creo que es una hipótesis prudente afirmar que la persona que va a utilizar el OMNI disfruta con ello y que existe una motivación para volver a utilizarlo. Había planteado hipótesis sobre el hecho de que esto genera un estado de «flow» psicológico, de éxtasis, de dejarse llevar por la propia creación. Pero no sé si hay que verlo como una herramienta educativa. Se trata más bien de dar acceso a una experiencia que, en sí misma, es constitutiva… Sería un error querer convertirlo en una receta. De hecho, las personas que imparten los talleres prestan mucha atención a que los acompañantes no incluyan el OMNI en fichas de recetas. No se utiliza para producir un efecto ni para alcanzar un objetivo. Se ofrece una experiencia.
Me preguntaba precisamente si el OMNI desempeña algún papel para las personas que tienen dificultades para comunicarse con el exterior.
Planteas la cuestión de la comunicación de las personas autistas, que es muy importante. Sin duda, este tema va a evolucionar mucho en los próximos años. Siempre se tiene la idea de que la comunicación de las personas autistas es difícil, pero no estoy segura de que sea exacto expresarlo así. Evidentemente, cuando no se habla, es complicado comunicarse. Pero la comunicación siempre es cosa de dos personas. Las personas neurotípicas tienen tantas dificultades para comunicarse con una persona autista como las que tiene esta última para comunicarse con una persona
neurotípica. La persona autista es la que tiene la discapacidad, por lo que el esfuerzo adicional debería recaer más bien en la persona sin discapacidad, pero rara vez es así. He encontrado unas notas que tomé hace una docena de años, cuando empecé a interesarme por el autismo. Veía vídeos de neuropsicología y me llamaba la atención el hecho de que el niño expresara cosas con su lenguaje corporal y que el adulto no lo viera porque estaba absorto en el lenguaje verbal e ignoraba el lenguaje corporal. Y como el niño no responde con el lenguaje verbal, que le resulta difícil, el adulto considera que no ha respondido.
¡Pero el niño sí ha respondido! En una situación así, realmente cabe preguntarse quién tiene un problema de comunicación. Sin embargo, lo que se comunica a través de los registros no verbales queda fuera del ámbito de las palabras; es un ámbito que dominamos poco. Por lo tanto, hay que aceptar dejar de lado los registros de comunicación con los que estamos muy familiarizados y con los que somos eficaces. Los registros no verbales exigen una cierta capacidad de dejarse llevar. Pero cuanto más trato con personas autistas, más me doy cuenta de que sí existe una forma de comunicación, que no puedo describir porque está más allá de las palabras, pero que es un
o innegable. Por eso no hablaría de un problema de comunicación, sino más bien de formas de comunicación que son diferentes. Y el OMNI puede ser un puente entre nuestra forma de comunicación, muy centrada en las palabras, y formas de comunicación que prescinden de las palabras, pero que no por ello son infantiles (el bebé también prescinde de las palabras, pero eso es otra cosa).
Toco el arpa y, para mí, el contacto físico con el material que vibra es esencial. Por eso, un instrumento en el que no se produce el sonido con las manos me parece muy distante. Entiendo que uno puede subirse al OMNI y que existe otra relación con el instrumento, pero me pregunto cómo se puede prescindir de ese contacto con el cuerpo sonoro que entra en vibración.
Los demás instrumentos de Patrice Moullet son diferentes. El STI (Superficie Triangular Inclinada) se toca con los pies; hay que dar un golpecito con el pie en cada nota; y en mi favorito, la Strech Machine, se tiran de las cuerdas, por lo que hay un efecto háptico, hay resistencia, y cuanto más se tira, mayor es la resistencia; se toca con todo el cuerpo. El OMNI es el único que no ofrece retroalimentación háptica. Es como la música electrónica, con esa misma sensación de estar un poco separado del cuerpo. Pero lo que no se ve en las imágenes del OMNI es el material de las teclas: son de metal esmaltado. El esmalte tiene un tacto magnífico, frío y suave al principio, pero se calienta muy rápido bajo los dedos. Es cierto que no hay retroalimentación vibratoria, ni la sensación de estar pulsando algo, pero aun así resulta más físico que si nos limitáramos a pulsar teclas en una pantalla, porque el material del esmalte desempeña un papel importante en el placer de utilizar el instrumento.
¿En qué punto se encuentra actualmente la investigación sobre el OMNI?
En 2016 llevamos a cabo una primera ronda de recopilación de datos en el marco del proyecto Fractales en la Maison des Metallos (distrito XI de París), donde se organizaron numerosos talleres con personas con discapacidad. Nos hemos asegurado de actuar de acuerdo con las restricciones normativas; presto mucha atención a este aspecto, ya que se trata de datos extremadamente sensibles, como diagnósticos médicos de menores o personas bajo tutela. Por lo tanto, estos datos no están destinados a ser publicados, sino a permitir evaluar la viabilidad del proyecto para crear protocolos lo más respetuosos con el medio ambiente posible. Ahora queda por encontrar colaboraciones que permitan respaldar las solicitudes de financiación y ampliar el ámbito de investigación más allá de la neuropsicología. Hay que acercarse a personas que tengan los conocimientos técnicos, los conocimientos y las capacidades de las que yo carezco. A largo plazo, creo que el OMNI podría permitir resolver cuestiones científicas de gran relevancia, especialmente en lo que respecta a la cognición situada. Veo un gran futuro para el OMNI como objeto científico.
- Dawson, M., Soulières, I., Gernsbacher, M. A. y Mottron, L. «The Level and Nature of
Autistic Intelligence». Psychol Sci 18, 657–662 (2007). - Russell, G. et al. Sesgo de selección en la capacidad intelectual en la investigación sobre el autismo: una revisión y un metaanálisis de estudios transversales
. Mol Autism 10, 9 (2019).

