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Haizebegi Festival

Editorial

13ᵉ édition

“Cela s’est produit, donc cela peut se produire à nouveau”
Primo Levi, Les Naufragés et les Rescapés :
Quarante ans après Auschwitz (Gallimard, 1989 [1986])

Cela s’est produit

L’espèce humaine serait-elle la seule à avoir fait de la cruauté un art, une méthode, un projet ? Certes, les livres d’histoire cherchent à nous persuader que nous avons mesuré déjà tous les degrés de cette cruauté. Pourtant, l’histoire elle-même est bousculée par une actualité qui déplace constamment la mesure.

C’est le cas aujourd’hui, ce fut le cas le 3 août 2014, lorsque les combattants de l’État islamique déferlèrent sur le Sinjar, province de Ninive, nord-ouest de l’Irak, foyer historique des Yézidis : exécutions de masse, esclavage des femmes et des enfants, anéantissement d’un peuple. Ce ne fut pas un débordement : c’était un programme.

Haizebegi entend aujourd’hui porter témoignage. Fidèles à notre engagement, qui articule création artistique et recherche scientifique pour des projets à vocation sociale, nous invitons cette année quelques artistes rescapés des prisons de Daech qui construisent une culture yézidie dans l’exil. Et grâce à l’appui des instituts de recherche de France (CNRS), d’Allemagne (Berlin) et de l’Irak (Mossoul), nous donnons la parole aux meilleurs spécialistes internationaux de la question yézidie.

En outre, après le Centre Nobel de la Paix d’Oslo et le ZKM de Karlsruhe, l’exposition virtuelle Nobody’s listening fait étape à Bayonne. Vous y serez accueillis par des survivants du génocide perpétré par Daech. Ils vous fourniront des éléments de contexte en témoignant à la première personne, et vous expliqueront le fonctionnement des casques de réalité virtuelle.

Douze ans après les attaques du 3 août 2014, les premières condamnations pour génocide viennent d’être prononcées : à Francfort en 2021, à Paris en 2026. Cette convergence judiciaire franco-allemande incite Haizebegi à inviter les avocates qui, en première ligne pendant plus de dix ans, ont porté la question devant les juridictions nationales afin de faire reconnaître le génocide yézidi. Nous les remercions d’avoir accepté notre invitation.

Pendant trois journées, des conférences, des films, des témoignages d’ONG, mais aussi des ateliers de cuisine, de danse et de chant vous permettront de rencontrer les Yézidis qui ont survécu au génocide de Daech et de mieux comprendre cette question qui nous interpelle. Je remercie ici ma collègue du CNRS Estelle Amy de la Bretèque, spécialiste des Yézidis d’Arménie, qui a mis son expertise au service de ce moment auquel vous êtes conviés.

Deux concerts-événements rythment ces journées. Lors du premier concert, l’artiste yézidi Hussein Lawand et le chanteur basque Julen Achiary mettent en dialogue des chants épiques yézidis et les kantu zaharrak des montagnes de Soule. En clôture du festival, Rusan Filiztek et ses six amis yézidis, kurdes, andalous font résonner les chants qui portent le succès mondial de leur dernier album en forme d’utopie ultime : Exils, de la Mésopotamie à la Méditerranée. C’est le son enivrant du Trailer #13 que vous retrouvez sur le site du Festival.

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Sonidos de la Mancha

Le moment yézidi du festival nous confronte à la parole des survivantes et des survivants comme acte de résistance et de transmission. Il nous fait entendre aussi les voix de l’exil comme stratégie de survie. Or, l’énergie de la transmission orale n’est pas propre aux situations extrêmes. Elle est au principe de toute tradition vivante : le chant est un opérateur de persistance.

Juan Antonio et Carmen Torres ont fondé Vigüela à Tolède au milieu des années 1980. Ils ont puisé dans le folklore de la Mancha les jotas, seguidillas, et fandangos qui leur permettent aujourd’hui d’inventer des traditions renouvelées et de les porter sur les grandes scènes mondiales, jusqu’à la Bibliothèque du Congrès des États-Unis qui les a chargés de documenter les pratiques musicales du pays de Don Quichotte. Trois autres virtuoses les rejoignent sur la scène du Quintaou. Ensemble, ils mènent un dialogue endiablé avec la danseuse Sara Cano, qui articule flamenco et danse contemporaine dans une esthétique fondée sur la coprésence des chorégraphies. Ce sont les Sonidos de la Mancha en forme de triptyque : la danse, la voix et le vent.

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Pause et les Haizebegigazte

Pause est le premier projet solo de Xabier Zeberio. Avec l’appui de son Alos Quartet, le musicien de Tolosa renouvelle la musique de tradition basque. Après avoir été créée au festival Getxofolk, l’œuvre est donnée en création originale en Iparralde. Cette fois, il associe l’Alos Quartet et l’Orchestre à cordes des élèves du Conservatoire Maurice Ravel Pays Basque placé sous la direction d’Yves Bouillier.

Cette transmission en acte s’inscrit en contrepoint du programme Haizebegigazte qui s’adresse à de jeunes artistes basques en voie de professionnalisation et à des musiciens venus se perfectionner en Pays Basque. Conduit en partenariat avec Musikene, Conservatoire Supérieur du Pays Basque (Saint-Sébastien), il est orienté vers la création contemporaine et nous avons le plaisir d’offrir le concert d’ouverture de l’édition 2026 du festival, au Paipe Duo, d’une virtuosité confondante, avec Pablo Mira au saxophone et Pedro Rolao à l’accordéon, pour un programme de création contemporaine.

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MusiKautism

Porté par Haizebegi depuis 2020, le projet MusiKautisme explore les liens entre musique et autisme, au croisement des sciences, de l’art et de la société. Piloté par Pietro Calabretta, jeune anthropologue de l’EHESS, et Yamel Romero (MusikaNaiz, Saint-Sébastien), il déploie sa dynamique transfrontalière entre le Conservatoire de Bayonne et le Centre Zubieta de la fondation Uliazpi (Hondarribia), où six ateliers ont réuni cette année trente-deux jeunes autistes, leurs familles, les personnels accompagnants, avec l’appui de la CAPB.

Pendant le festival, les jeunes musiciens de l’IME Le Nid Basque (Anglet) prennent place sur la scène du Quintaou, aux côtés de Vigüela, le temps d’une répétition générale vécue de l’intérieur. Au même moment, une journée scientifique, labellisée Fête de la Science, recueille des témoignages – comment la musique peut changer une vie – et voit la présentation du livret Autisme et Musique en Pays Basque. Lieux, ressources, accompagnements (Haizebegi Éditions, 2026, 50 pages).

En langue basque, haize signifie vent, begi signifie regard. Haizebegi est le regard du vent, le vent qui ignore les frontières et qui, des vallées de Soule aux plateaux de la Mancha et aux montagnes meurtries du Sinjar yézidi, entend bien porter témoignage. Car cela s’est produit.

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I hope you meet some wonderful people here.

Denis Laborde, directeur du festival